Marnières dans l'Eure : acheter, construire, agrandir
Guide pratique · Maçonnerie et extension

Marnières dans l'Eure : acheter, construire, agrandir

Marnières dans l'Eure : ampleur du risque, périmètres de la préfecture, études, fonds Barnier, et cavités recensées autour de Mesnil-en-Ouche.

Par La rédaction · mis à jour le 11 septembre 2026

Photo : Marie-Lan Nguyen, CC BY 4.0 (Wikimedia Commons)

Les prix en bref

Étude géotechnique G1 / G2

1 300 € l'étude en moyenne
700 €2 400 €

Extension de maison traditionnelle (maçonnerie)

1 800 € le m² en moyenne
1 450 €2 200 €

Fourchettes indicatives 2026, TTC, pose comprise, consolidées à partir d’au moins 4 sources publiques. Avant aides éventuelles. Seul un devis fait foi. Méthodologie

Dans l’Eure, les marnières ne sont pas une curiosité locale mais le premier sujet à vérifier avant d’acheter un terrain, de construire ou d’agrandir. La préfecture estime à environ 80 000 le nombre de cavités du sous-sol, dont un quart seulement est aujourd’hui recensé. Un terrain proche d’un indice connu peut être rendu inconstructible par un périmètre de risque, mais une étude bien menée permet souvent de préciser, voire de lever, la contrainte.

À retenir : consultez l’atlas des cavités de la DDTM et interrogez la mairie avant de signer un compromis ou de faire dessiner une extension. L’absence d’indice sur la carte ne prouve pas l’absence de cavité.

Qu’est-ce qu’une marnière ?

Une marnière est une carrière souterraine creusée à la main pour extraire la craie, que l’on appelait improprement « marne », afin d’amender les terres agricoles. D’après le guide de la DDTM de l’Eure, ce mode d’exploitation représente environ 80 % des cavités souterraines du département. L’accès se faisait par un puits de 0,80 à 2 mètres de diamètre, au pied duquel partaient des galeries et des chambres d’exploitation.

L’activité a culminé entre le XVIIe et le XIXe siècle ; la dernière marnière déclarée date de 1959. Les puits ont ensuite été comblés, parfois simplement fermés par des poutres ou des pierres, et leur emplacement a été oublié. Des maisons se sont construites au-dessus. Avec le temps, l’eau et l’air dégradent les piliers et le toit des galeries, jusqu’à l’effondrement : les hivers très pluvieux de 1995, 1999 et 2001 ont provoqué de nombreux affaissements, dont celui de Neuville-sur-Authou, le 1er avril 2001, qui a fait une victime.

Le sous-sol de l’Eure compte aussi des cavités naturelles liées à la dissolution de la craie (karst et bétoires), des carrières de pierre et des cavités diverses (puits, caves). Toutes ne présentent pas le même risque.

L’ampleur du phénomène dans l’Eure

Indicateur Valeur Source
Indices de cavités recensés dans l’atlas départemental plus de 20 000, dont environ 8 000 marnières Préfecture de l’Eure, 2021
Cavités estimées dans le sous-sol environ 80 000 Préfecture de l’Eure, 2021
Densité estimée sur les plateaux crayeux environ 14 marnières au km² Doctrine de l’État, 2012
Cavités recensées dans la base nationale Géorisques 15 712, réparties sur 543 des 585 communes Géorisques, données consultées le 11/09/2026

Les deux bases ne se recouvrent pas exactement : l’atlas de la DDTM, mis à jour en continu, compte tous les indices, y compris ceux dont la nature reste indéterminée, tandis que Géorisques agrège la base nationale des cavités. Pour un projet précis, c’est l’atlas départemental qui fait référence, comme le rappelle la doctrine de l’État.

Autour de Mesnil-en-Ouche : les communes les plus concernées

Le tableau ci-dessous présente Mesnil-en-Ouche et les neuf communes situées à moins de 15 km (à vol d’oiseau) qui comptent le plus de cavités recensées dans Géorisques. Dans ce rayon, 42 communes totalisent 2 401 cavités recensées.

Commune Distance de Mesnil-en-Ouche Cavités recensées Surface Cavités par km²
Bernay 12,7 km 234 24,1 km² 9,7
Beaumont-le-Roger 9,9 km 181 36,5 km² 5,0
Treis-Sants-en-Ouche 8,5 km 177 30,9 km² 5,7
Ferrières-Saint-Hilaire 8,7 km 138 9,8 km² 14,0
Fontaine-l’Abbé 11,2 km 127 13,2 km² 9,6
Grand-Camp 11,7 km 124 14,1 km² 8,8
La Trinité-de-Réville 11,7 km 114 11,3 km² 10,1
La Chapelle-Gauthier 14,6 km 113 16,6 km² 6,8
Caorches-Saint-Nicolas 13,5 km 101 11,9 km² 8,5
Mesnil-en-Ouche 94 166,2 km² 0,6

Sources : Géorisques (nombre de cavités par commune, consulté le 11/09/2026) ; surfaces et distances entre centres de communes calculées à partir de geo.api.gouv.fr. Moyenne de l’Eure : 2,6 cavités recensées par km².

Ces chiffres se lisent avec prudence. Un nombre élevé traduit souvent un recensement plus poussé (archives, inventaire communal, études réalisées lors de projets), pas forcément un sous-sol plus dangereux. Selon le guide de la DDTM, un inventaire communal complet ne retrouve qu’environ 70 % des cavités existantes. La faible densité apparente de Mesnil-en-Ouche, commune nouvelle très étendue et rurale, ne signifie donc pas que ses parcelles sont épargnées : la DDTM souligne qu’« aucune commune n’est épargnée ».

Ce que la réglementation impose

Les périmètres de risque et l’article R. 111-2

Le code de l’urbanisme (article R. 111-2) permet de refuser ou d’encadrer un projet qui porterait atteinte à la sécurité publique. Dans l’Eure, les services de l’État l’appliquent selon une doctrine publiée par la préfecture :

  • autour de chaque carrière souterraine ou cavité naturelle connue, un périmètre de risque est tracé. Pour une marnière, son rayon additionne la longueur présumée des galeries, une marge d’incertitude et la profondeur du puits (zone de décompression à 45°). Faute de connaître la marnière, on applique un rayon forfaitaire, celui de la plus grande carrière connue sur la commune ou les communes voisines. Autour d’une cavité naturelle (bétoire), le rayon est de 35 mètres ;
  • dans ce périmètre, aucune construction nouvelle ni aucun changement de destination n’est admis. Seules sont possibles des extensions mesurées, limitées à 30 % de l’emprise au sol du bâtiment accolé existant, et des annexes non habitables, limitées à 30 % de l’emprise au sol des bâtiments existants sur la parcelle ;
  • la parcelle doit conserver, hors périmètre, la surface nécessaire à la jouissance du bien et à la filière d’assainissement : pas d’épandage ni d’infiltration d’eaux pluviales dans le périmètre ;
  • pour un indice mal localisé (zone hachurée sur l’atlas), la surface est inconstructible et les projets voisins sont examinés au cas par cas.

Les documents d’urbanisme reportent les cavités, mais ils ne suivent pas l’évolution des connaissances : la préfecture recommande de toujours consulter l’atlas, seule source à jour. Pour le détail des autorisations, voyez notre guide déclaration préalable ou permis de construire dans l’Eure.

L’obligation d’informer

  • Toute personne qui a connaissance d’une cavité ou d’un indice (affaissement, trou, puits) doit en informer le maire, qui transmet au préfet et au président du conseil départemental (article L. 563-6 du code de l’environnement). La diffusion d’informations manifestement erronées ou mensongères sur une cavité est punie de 30 000 € d’amende.
  • En cas de vente, un bien concerné par une cavité peut être vendu, mais l’acheteur doit être informé et l’information doit figurer dans l’acte de vente, rappelle la préfecture.
  • Le propriétaire du sol est propriétaire du sous-sol (article 552 du code civil) et responsable des dommages que la cavité pourrait causer.

À retenir : une extension dans un périmètre de risque reste possible, dans la limite de 30 % de l’emprise au sol existante. Une maison neuve, une division de terrain ou la transformation d’une grange en logement, en revanche, ne le sont pas tant que le risque n’est pas levé.

Lever ou réduire le risque : les études

Le guide de la DDTM décrit une démarche progressive, que l’on confie à un bureau d’études spécialisé :

  1. Recherche documentaire : archives, cadastre napoléonien, photos aériennes, témoignages. La DDTM transmet les informations dont elle dispose sur demande (formulaire de demande de renseignements sur son site).
  2. Décapage : une pelle retire environ 50 cm de terre pour retrouver la trace d’un puits. Il peut transformer une zone incertaine en indice précis, ou écarter l’hypothèse d’une marnière.
  3. Curage du puits et reconnaissance : on vide le puits pour descendre dans la cavité et cartographier les galeries. Le périmètre est alors recalculé à partir des dimensions réelles, souvent plus petites que le rayon forfaitaire communal.
  4. Sondages : des forages destructifs (un tous les 2,50 m au plus, selon la DDTM) détectent les vides une fois la zone ciblée. Les méthodes géophysiques ne sont efficaces, d’après la DDTM, que pour des cavités situées à moins de 10 m de profondeur.
  5. Comblement : c’est la seule façon de supprimer le risque. On injecte un coulis adapté, dans toute la cavité ou derrière des murs maçonnés pour n’en sécuriser qu’une partie.

Après ces études ou travaux, les services de l’État réévaluent le périmètre, qui peut ne plus être circulaire. Les coûts dépendent fortement de la configuration du terrain : demandez plusieurs devis à des bureaux d’études et consultez notre méthodologie des prix pour comprendre comment nous établissons nos fourchettes.

Le fonds Barnier : ce qu’il finance

Le fonds de prévention des risques naturels majeurs, dit « fonds Barnier », peut subventionner les propriétaires pour la reconnaissance et le comblement d’une cavité. D’après la préfecture de la Seine-Maritime (page consultée le 11/09/2026), les règles nationales actuelles sont les suivantes :

  • jusqu’à 80 % du montant des opérations de reconnaissance, d’études ou de travaux ;
  • dans la limite de 72 000 € par bien et de 50 % de sa valeur vénale ;
  • à condition que le bien soit assuré avec la garantie catastrophes naturelles et que le danger soit avéré pour les constructions ou les vies humaines.

La page de la préfecture de l’Eure consacrée aux aides, mise à jour en 2020, mentionne encore un taux de 30 % : faites confirmer les conditions applicables par la DDTM avant d’engager des frais. Le guide de la DDTM précise aussi qu’il faut joindre trois devis au dossier et ne pas commencer les travaux avant la notification de la subvention. Contact : DDTM de l’Eure, unité prévention des risques, 1 avenue du Maréchal-Foch, 27022 Évreux Cedex, ddtm-sprat-pr@eure.gouv.fr, accueil sur rendez-vous (vérifié le 11/09/2026).

Que faire concrètement ?

Vous achetez

  • Consultez l’atlas en ligne de la DDTM à l’adresse de la parcelle, et la page commune de notre site pour un premier aperçu (par exemple Mesnil-en-Ouche).
  • Demandez à la mairie et au notaire si un indice est connu, et au vendeur s’il a connaissance d’un puits, d’un affaissement ou d’une étude.
  • Si un indice est proche, faites chiffrer une étude avant de vous engager ; une clause suspensive peut être discutée avec le notaire.

Vous construisez ou agrandissez

Un trou apparaît dans votre terrain

  • Éloignez-vous et balisez largement la zone ; ne remblayez pas.
  • Prévenez la mairie, qui alerte les services de l’État ; la DDTM se déplace pour évaluer la situation.
  • Si des dégâts touchent un bien assuré, le maire peut engager une demande de reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle.

Questions fréquentes

Comment savoir si mon terrain est concerné par une marnière ?

Consultez l’atlas des cavités souterraines de la DDTM de l’Eure, qui localise les indices à la parcelle, puis interrogez la mairie. Un indice proche ne signifie pas que la cavité passe sous votre terrain, mais il peut créer un périmètre de risque. Seule une étude de terrain permet de conclure.

Peut-on agrandir une maison située dans un périmètre de risque ?

Oui, dans une certaine limite : la doctrine de l’État dans l’Eure admet les extensions mesurées, jusqu’à 30 % de l’emprise au sol du bâtiment existant, et les annexes non habitables. Une construction nouvelle ou un changement de destination sont en revanche refusés tant que le risque n’est pas levé.

Qui paie les études et le comblement ?

Le propriétaire, puisqu’il est propriétaire du sous-sol. Le fonds Barnier peut toutefois subventionner la reconnaissance et le comblement lorsque le danger est avéré et que le bien est assuré, jusqu’à 80 % dans la limite de 72 000 € par bien selon les règles nationales actuelles. La demande se fait auprès de la DDTM, avant tout commencement des travaux.

Une marnière comblée pose-t-elle encore problème ?

Un comblement total par coulis supprime le risque, et le périmètre peut alors être réévalué par les services de l’État. Un puits simplement bouché par des matériaux ou des poutres, comme on le faisait autrefois, ne supprime pas le risque d’effondrement des galeries.

Faut-il signaler une cavité découverte pendant des travaux ?

Oui. Le code de l’environnement oblige toute personne qui a connaissance d’une cavité ou d’un indice à en informer le maire. Arrêtez les travaux à proximité et ne remblayez pas avant l’avis des services compétents.

Vous préparez une extension ou des fondations sur un terrain de l’Eure ? Décrivez votre projet et votre situation (étude réalisée ou non) pour recevoir jusqu’à 3 devis de professionnels de la maçonnerie, ou consultez les pages locales de Bernay, Beaumont-le-Roger et Mesnil-en-Ouche.

Sources

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